L'escalier de Soie

Les plus beaux matins sont ceux quand on se réveille à Paris dans les odeurs de vanille des croissants chauds, un va-et-vient de voix et les souvenirs de la nuit fondue dans le lever du soleil glissé sur les grandes fenêtres ouvertes vers des balcons chargés de fleurs.

Kenza, assise à l’une des tables situées sur le trottoir, paraissait plongée dans le fourmillement de la rue, pendant que sur le marbre noir d’une table, le soleil cassait la porcelaine blanche en morceaux aux éclats précieux et dans la tasse, petite comme un dé, le café était comme une boisson forte. Le vent bleu descendu du ciel protégeait la rue en l’élargissant et dissipait les nombreux pas qui aurait pu écraser l’intimité ensoleillée devant le café, en ramenant du vis-à-vis ombragé la fraîcheur humide et verte des légumes frais étalés devant les magasins dans de grands paniers d’osier.

Les larmes aux yeux elle regardait ceux qui passaient si près d’elle qu’elle pouvait les toucher, elle sentait l’odeur de leur peau à peine réveillée, elle entendait leurs pensées, des étrangers, … irréels peut-être, créés par la fantaisie de la rue qui, une fois passés sous ses yeux, se perdaient dans l’anonymat fourmillant de la rue.

Quand les cloches de la cathédrale St. Pierre de Chaillot commencèrent à retentir, Kenza baissa son regard laissant le cri des heures passer à côté d’elle, grave et sentencieux, et, comme chaque jour à la même heure, elle se leva pour partir laissant glisser la monnaie et la tranquillité du café matinal sur le marbre noir pendant que le matin fondait dans la lourde torpeur du jour.

Pour joindre l’Avenue Silvestre de Sacy, Kenza pris l’Avenue Georges V, ensuite traversa le Pont d’Alma vers l’autre rive de la Seine pour aboutir au Quai d’Orsay et d’ici, pressant ses pas, le souffle court et le cœur battant avec puissance, elle était presque arrivée.

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Ana Cioclov picture
   
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